Les débuts dans un nouveau pays sont toujours un brin mouvementés. C’est la découverte, l’émerveillement, l’adaptation, la nervosité…

Décembre. Je quitte mon Montréal le cœur un peu gros, après ce qui m’a paru être un trop bref 3 mois. Mon monde où tout est connu, pas de questions sur les normes, sur les lieux que je connais par cœur, sur la langue, mon monde douillet et sécuritaire. Une partie de moi aimerait rester. N’empêche qu’une fois à l’aéroport, l’excitation du départ et la fébrilité des découvertes à venir l’emportent sur ma nervosité.

Lima, 4am. La modernité et la propreté surprennent, et je suis trop fatiguée pour pleinement comprendre où je suis. La témérité et le désordre automobile me rappellent finalement que j’ai bel et bien atterri en Amérique latine. Le court 3 jours dans la capitale, isolée dans les quartiers huppés, me montre un Pérou auquel je ne m’attendais pas… une capitale aisée et développée, où même les prix me rappellent Montréal.

Enfin, j’arrive à Piura. La première journée sert à m’installer. Là, j’y retrouve le Pérou imaginé : les maisons autrefois colorées, les moto-taxis un peu fous, les chiens errants couchés à l’ombre, les trottoirs irréguliers, pour ne pas dire délabrés et les hibiscus qui colorent sporadiquement les rues. La chaleur est frappante, le ceviche parfait, la bière froide et satisfaisante. Je flirte avec l’euphorie et l’émerveillement.
Le stress de l’arrivée refait toutefois rapidement surface une fois au travail. Je veux bien faire et malgré tout, j’ai une grosse adaptation linguistique à faire. La fatigue des vols nocturnes pèse. Je me contente d’observer lors des mes premières réunions et interactions sociales. Après cette semaine éprouvante vient l’intoxication alimentaire : je prends un gros coup de barre, c’est pénible. J’ai froid malgré les 35 degrés… pas normal.

Gésir pendant une semaine, de façon imposée, ça donne le temps de réfléchir sur l’endroit où j’ai atterri. Les bribes de ville et de contacts sociaux me font réaliser que Piura est son propre monde bien à lui, une bulle à l’abri de l’extérieur. Les Piuranos qui y restent y passeront toute leur vie, alors que la jeunesse aisée migre s’éduquer à Lima. Isolés, avec une curiosité envers l’extérieur discutable pour certains, le contact avec l’Étranger surprend parfois. L’emballeur au « Home Dépôt » local se demande bien qu’est-ce qu’une canadienne vient faire à Piura. Ville majeure au Pérou, elle n’est pourtant que rarement sur les radars économiques, sociaux et touristiques nationaux et internationaux. Vraiment, cette ville est son propre univers.

Noël approche et j’ai besoin de changer d’air après ce début chaotique. Alors, c’est direction Máncora, plage populaire à quelques 3 heures de route. Première fois que je vois autant de non-péruviens, déjà assez pour me donner un mini choc culturel. On reste dans un hostel très beau mais l’ambiance et ses visiteurs rappellent plutôt une frat house. Le soleil et la piscine font du bien, on se rassemble entre trentenaires, question de fraterniser à notre façon et finalement je reprends mon souffle. Je me rappelle ce qui m’a amené au Pérou. Simultanément, les excès des fratboys et leurs jeunes concubines m’exaspèrent un peu, tout autant que les chauffeurs de taxi qui offrent des stupéfiants aux hommes, le tout sous le regard bienveillant des autorités locales. Une étrange dualité entre le bien-être et le malaise. Au final, je l’aime bien ma bulle piurana.

En rentrant au bercail, je divague sur l’existence de ces mondes parallèles, ces réalités quotidiennes si différentes qui se côtoient de près ou de loin sur cette même planète. Un simple constat, une fascination envers ces univers uniques et une incrédulité sur la diversité de tout ce que j’ai pu voir en simplement 3 semaines.

Alors, je commence à écrire…