L’importance de valoriser les espèces d’arbres indigènes est bien évidente dans un monde en perte de biodiversité et exposé aux changements climatiques.
Chaque pays présente un patrimoine végétal local qui a évolué sur place et qui, en conséquence, s’avère particulièrement bien adapté aux conditions climatiques locales, à la pluviométrie, au sol et aux autres espèces de la faune et de la flore. Les espèces indigènes accroissent la biodiversité, augmentent les qualités physiques et biologiques du sol, fournissent de la nourriture, servent d’abri à de nombreuses espèces animales (oiseaux, insectes, petits mammifères).

La vision des agronomes et scientifiques des années 60 et 70, en particulier, a été de distribuer des espèces animales et végétales partout au monde, en pensant avant-tout aux intérêts économiques et non aux impacts sur l’environnement et sur les espèces locales. Plusieurs espèces ont été introduites de façon accidentelle, causant des dommages irréparables et la disparition d’espèces locales et endémiques (celles que sont présentes dans une zone géographique déterminée seulement).

Dans la Zone des Niayes, il y a eu une introduction, dans les années 60, des filaos ou casuarina (Casuarina equisetifolia), un arbre australien qui ressemble au pin, sans être de la famille des conifères. Cette bande de filaos a été mise en place dans le cadre d’un projet canadien et sénégalais de lutte contre l’ensablement des cuvettes maraîchères . Selon les recherches disponibles à l’époque, c’était l’espèce la mieux adaptée aux conditions arides et la plus apte à fixer les dunes.

Les multiples usages des arbres par les producteurs maraîchers des Niayes

Dans la gestion des champs :
• haies vives,
• brise vents
• désalinisation
• fixation de l’azote
• ombrage pour les cultures et les animaux
• apiculture

Dans la production :
• compost
• fruits commerciaux
• fibres
• bois
• huiles
• nourriture pour animaux
• produits médicinaux

De la méconnaissance à la vulnérabilité des espèces locales

Les espèces locales sont dans certains cas des espèces vulnérables ou même en péril et le fait de mieux les connaitre pourrait favoriser leur propagation et leur conservation. Par ailleurs, certaines espèces étrangères utilisées sont même considérées comme envahissantes et par la suite difficiles à éradiquer. La question de l’origine des espèces n’est pas souvent prise en considération parce qu’elle est méconnue. Nous savons cependant que des alternatives locales mieux adaptées pourraient être utilisées à la place.
Connaître les espèces indigènes aide à valoriser la biodiversité locale, à choisir les espèces pour des projets de reforestation, à faire la différence entre les ressources locales et celles importées. En général, ça fait partie des points importants de l’éducation relative à l’environnement.

L’omniprésence d’espèces exogènes au détriment d’espèces indigènes

Au Sénégal, on remarque la présence dans les villes des arbres suivants :
• Neem (Azadirachta indica) originaire de l’Inde, utilisés comme pesticides naturels et ayant des propriétés médicinales
• Flamboyants (Delonix regia) de Madagascar avec de belles fleurs rouges
• Manguiers (Mangifera indica) de l’Asie du Sud.
• Moringa (Moringa oleifera) de l’Inde, pour certaines ethnies il porte malheur car attire la pauvreté, c’est pourquoi en général, on le trouve plutôt dans la brousse mais pas dans les habitations. Les feuilles ont tellement de propriétés médicinales qu’on les appelle ici Nebeday venant de Neverdie en anglais (ne meurt jamais)
• Bougainvilliers originaires du Brasil (Bougainvillea spectabilis) aux fleurs fuchsias qu’ornent presque toutes les rues

Dans les champs, utilisés comme brise vents, haies vives ou pour nourrir les animaux, on voit principalement :
• Leucenas (Leucena leucephala) de Mexique et Amérique central, un favori dans la fixation d’azote et comme fourrage pour les animaux
• Acacia mellifera d’Afrique de l’Est et du Sud
• Épines de Jérusalem (Parkinsonia aculeata) considérés comme une espèce envahissante et d’origine américaine en dépit du nom commun, mis en place comme haies vives.

Vers la disparition d’espèces locales?

Mais où sont-ils rendus les espèces locales? Pourquoi ils ne font pas tellement partie des efforts de reforestation même des organismes que travaillent dans le sujet? Quelle place leur laissons nous, si on cultive la région, et des que il y a un espace pour les arbres on met des espèces importées? Une visite de la bande de filao montre nul présence des espèces animales, autre les chèvres et moutons des paysans, mais voilà, dès qu’on sorte on commence à voir une végétation plus mélangée, ils apparaissent les oiseaux, les coucals, les tourterelles, les étourneaux, les perroquets. Je suis étonné dès mon arrivé de constater que reboisement est synonyme ici de planter des Eucalyptus australiennes (Eucalyptus camandulensis), des Leucenas, ou de l’américaine Prosopis juliflora que servent aussi à dessaliniser les terres.

Heureusement il reste des espaces protégés comme la réserve de Bandia avec des Baobabs (Adansonia digitata) centenaires, ou des bordures de routes avec de beaux Acacia seyal à l’écorce rougeâtre.

Espèces locales et propriétés associées

Suite à ce constat, il me semble important de plaider en faveur d’une meilleure connaissance des espèces locales et de leurs vertus:
• Moringa africaine (Moringa stenopetala) de Kenya et Éthiopie aussi médicinal (idem au moringa d’Inde), nombreux usages en cuisine, infusion et décoction
• Prosopis africana dont la semence est utilisé pour faire des condiments fermentés
• Kadd (Acacia albida ou Faidherbia albida) qui fertilice le sol. Ils sont en fleur à la fin de la saison des pluies quand les autres arbres ne le sont pas, ce qui représente un intérêt particulier en apiculture.
• Acacia senegal est un abre consideré medicinal.
• Euphorbia vertes (Euphorbia Turicalis) sans feuille et de croissance très serrés utile pour faire de très bonne haies vives
• Kalicedrat (Khaya senegalensis) qui ressortent du paysage citadin avec les gros bosses dans la base de ses troncs
• Kinkeliba (Combretum micranthum) pris au Sénégal en infusion ou décoction au petit-déjeuner, pour la coupure du jeûne ou pour lutter contre un état de fatigue général
• Ébène (Diospyros sp.) dont le bois est tellement apprécié que, même si la récolte est réglementée, met l’espèce en danger.
• Les Fromagers (Ceiba pentandra) de Mésoamérique, mais aussi de l’Afrique tropical.

Concernant la production des fruits :
• Sump ou dattier du désert (Balanites aegyptiaca), qui ressemble au dattier d’Afrique du Nord mais dont les fruits sont nettement moins savoureux et beaucoup plus amers
• Ditakh (Detarium senegalense) qui sert à faire des jus verts très rafraîchissant
• Tamarin (Tamarindus indica) de l’Afrique Tropical
• Baobab (Gouye en wolof), dont le fruit, pain de singe (bouye en wolof), sert à faire des jus ou même de la farine, et avec les semences rejetés, des huiles corporelles de bonne qualité (aux vertus similaires à l’huile d’argan), très cher sur le marché international, car rare et prisé
• Pommes cannelles ou corossol (Annona muricata) de l’Amérique tropical, on apprécie ses fruits mais on peut aussi déguster le fruit du Annona senegalensis
• On utilise l’huile de palme africaine (tirée de l’arbre Elaeis guineensis) dans plusieurs plats sénégalais
• Il nous faut reconnaître l’usage des espèces locales dans la vie de tous les jours : Qui parmi nous as pas des meubles en Rônier (Borassus Aethiopum)? On mange les fruits de cette palme local bien présent dans le paysage. Le fruit ressemble une noix de coco, mais de l’intérieur il y a trois fruits transparents et bien humides.

Encourageons donc plus encore le recours aux essences locales pour subvenir à d’autres besoins médicinaux, culinaires, de protection, etc., comme évoqué avec des exemples dans la liste des vertus des espèces locales.

Le baobab africain, symbole fort pour les sénégalais, gorgé de vertus pour la santé de tous

Je ne peux pas finir l’article sans parler du très cher Baobab africain, arbre national du pays, personnage important dans ‘Le Petit Prince’, décor immanquable du paysage de la teranga, en plus, un arbre dont on utilise tout! A part les fruits et les semences, on mange les feuilles en bouilli et pour le laalo du tiéré, les racines et jeunes pousses sont consommées comme des asperges et les fibres de l’écorce peuvent être tissées.
Les utilisations médicinales sont importantes, le fruit est utilisé comme anti diarrhéique pour ses propriétés astringentes, la pulpe a été utilisée contre le paludisme et l’écorce comme fébrifuge, entre autres. La racine a des propriétés antipaludiques et stimulantes.
La valeur culturelle est énorme. Les baobabs sont considérés comme des arbres à palabres, autour desquels les gens se réunissent pour échanger et raconter des histoires. Avant les années 60, les griots (les conteurs et sages, héritiers des savoirs) principalement Sérères étaient enterrés à l’intérieur creux de ces arbres géants. Le premier président de Sénégal Léopold Sedar Senghor as interdit cette pratique pour le jugeant discriminatoire, mais moi, je la trouve plutôt un honneur!
On peut visiter un des plus grands baobabs du pays à 8 km de Joal Fadiuth, où il y a un spécimen âgé de 850 ans d’environ 32 mètres de circonférence. Il est même possible même d’entrer à l’intérieur où il y a une colonie de chauve-souris!
Une chance que les baobabs soient considérés sacrés, peu de gens pensent à les couper!!

Pour une meilleure connaissance des arbres, une cohabitation des espèces et une éducation au respect de la biodiversité

Je comprends que les producteurs voient l’intérêt économique en priorité, je comprends aussi que des fois les gens priorisent des espèces qui s’adaptent aux conditions arides de la région, et qu’en une époque de changement climatiques, certaines espèces locales ne soient plus autant adaptées à leur milieu d’origine et aux conditions, mais je pense qu’il faut aussi tenir compte de la biodiversité locale, lui laisser une place dans les champs et les cultures et penser aux autres espèces originaires de la place que partagent l’espace avec nous.
C’est pour cela que je travaille sur une longue liste des espèces. J’aimerais élaborer une guide informative avec les données de base des espèces indigènes et leur intérêt économique. Mais pour commencer à parler e informer sur cette sujet, voici cette article, avec mes découvertes de mes premières 4 mois ici. Dès que je suis arrivée à Dakar et à Thiès, j’ai regardé les arbres sur la route, les rues, les champs, j’ai demandé à tous, des ingénieurs forestiers aux producteurs, puis auprès d’amis botanistes et via des recherches sur l’Internet…toutes les sources sont bonnes!

Beaucoup reste à apprendre, encore plus à éduquer et informer sur le sujet, je ne vais pas me décourager, même avec les commentaires pas toujours positifs sur ma vision des choses… La protection du couvert végétal et la valorisation de la biodiversité sont tellement importants aux échelles locales comme à l’échelle planétaire, pour tous les bienfaits que cela induit pour la flore, la faune et l’Homme que je vais essayer avec toutes mes forces de continuer à intégrer le sujet des arbres indigènes à chaque fois que j’en aurai l’occasion. Dans la moindre des choses, je vais semer de la curiosité!

Ma conclusion ne serait pas scientifique…Je voulais juste dire que pour moi les arbres sont vraiment sacrés. Je plaide pour l’élaboration d’un moratoire contre la coupe des espèces indigènes, à l’échelle planétaire, à l’instar du moratoire de la chasse des baleines qui a énormément aidé à leur protection et régénération
J’adore les arbres… quand d’autres personnes vont à l’église, au temple ou à la mosquée, moi je vais en forêt… Beaucoup de gens portent des symboles religieux sur des chaînes autour du cou, moi j’ai un baobab en argent…

Photos: Baobabs, Filaos et Euphorbia

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