En 2012, je suis partie avec mon conjoint, Antoine et nos deux petits, Emma et Matis, pendant 2 ans au Guatemala. Nos enfants ont appris rapidement l’espagnol et se sont convertis en véritables petits « chapins » !

J’ai collaboré avec l’association Aj Quen qui a été créée en 1989 dans le cadre du conflit armé guatémaltèque afin de donner une place aux femmes veuves suite au conflit. Elle regroupe actuellement 12 groupes de femmes et d’hommes d’origine Maya (environ 350 personnes au total) répartis dans tout le pays et qui ont chacun des spécialités dans la confection d’artisanat.

L’association travaille actuellement sur la commercialisation de ses produits au niveau national, dans le respect des principes de commerce équitable, sans toutefois posséder de certification à cet effet (du moins pas celles qui viennent du Nord). Aj Quen signifie en langue locale Cakchiquel, « le tisseur ».

Aj Quen est partenaire du programme Uniterra depuis ses débuts au Guatemala, il y a dix ans. De nombreux coopérants canadiens sont venus apporter leur soutien et expertise à l’association, et chacun d’eux en est reparti encore plus enrichi grâce aux partages et aux découvertes que les groupements de Aj Quen leur ont offert.

Depuis sa création, l’association a un objectif social très élevé qui est de participer à la lutte contre la pauvreté avec les populations Maya. Cette lutte passe par l’octroi de commandes aux divers groupes, ainsi que par les formations offertes dont les thèmes sont variés, tels que le droit du travail, le droit des femmes en abordant les thèmes d’égalité de genre, la gestion de projets, l’informatique. Un des plus grandes réussites de Aj Quen est la participation des femmes aux réunions et aux décisions de l’association qui est présidée par un conseil de direction, représenté par les présidentes de chaque groupement. Dans un pays où le machisme est omniprésent, la discrimination importante envers les populations autochtones et la déscolarisation des enfants est rapide si la famille manque de revenu, nous assistons à un changement de société par le biais d’associations comme Aj Quen. Les femmes membres de l’association participent ainsi à l’amélioration des conditions de vie de leur famille, en finançant, par exemple, l’éducation et les soins de santé des enfants.

C’est principalement grâce à l’appui de Miriam, que nous avons pu nous rendre dans les groupements afin de réaliser une petite étude socio-économique. En effet, sa maitrise de la langue Katchiq’el nous a permis de communiquer avec les membres qui ne parlaient pas espagnol, ce qui est assez courant dans les groupements éloignés. Nous avions donc un questionnaire individuel pour chaque membre et un questionnaire général au sujet du groupement, auquel la présidente du groupement visité a répondu.

Nous cherchions à obtenir des informations socio-économiques au sujet des membres de Aj Quen et de leur famille, ainsi que des témoignages sur les apports de Aj Quen et sur le commerce équitable.

Voici ci-dessous quelques témoignages…

La majorité d’entre eux ont beaucoup d’enfants. Une femme s’est présentée à moi en me disant en Katchiq’el : « une feuille ça ne sera pas suffisant… j’ai quinze enfants. » Une autre m’a dit : « Moi j’ai 3 enfants, et quand ils m’ont fait une césarienne pour le dernier, j’ai dit à mon mari que je voulais qu’ils en profitent pour m’opérer afin de ne plus avoir d’enfant. J’ai eu la chance que mon mari accepte ». En effet, au Guatemala, dans certaines régions, avoir beaucoup d’enfants renforce la masculinité de l’homme. De plus, les personnes pensent que leurs enfants prendront soin d’eux quand ils vieilliront, mais malheureusement ce n’est pas toujours le cas. Si les enfants n’étaient plus ou peu scolarisés, nous cherchions à savoir pour quelle raison, si c’était pour des raisons financières ou personnelles. Dans une famille, à choisir entre la scolarité d’une petite fille ou d’un petit garçon, dans la grande majorité des cas, ce sera le petit garçon qui recevra l’éducation et la petite fille restera à la maison pour assurer les tâches ménagères.

Les membres de Aj Quen ont vu leur sort s’améliorer depuis leur participation au sein de l’association. Ils aimeraient tous recevoir plus de commandes, mais grâce aux formations qu’ils reçoivent de la part de Aj Quen, ils peuvent développer de petits projets au sein même des groupements, afin de diversifier leur revenu. Un exemple de groupement très bien organisé et autonome est celui de Chaqirya.

GeraldinePetiteau_T2_1

 

Le Groupement de Chaqirya est depuis cette année monté en association, et commerce directement avec de grands clients tel que Novica, un site de vente en ligne guatémaltèque. Les métiers à tisser ne se situent pas dans les maisons de chaque membre, mais sont regroupés au sein de l’association, dans un grand bâtiment. De plus une garderie a été créée à côté de Chaqirya, grâce à des financements externes et à la collaboration de la municipalité. Dans un pays où les femmes doivent travailler avec leur enfant accroché sur le dos, la garderie, qui est gratuite pour les membres de l’association, est un soulagement. De plus elles peuvent se concentrer à 100% sur leur travail, car elles sont hors de leur maison.

 

Le diagnostic a permis de chiffrer approximativement le revenu moyen des familles des membres qui font parties de Aj Quen à environ 800 quetzales par mois, soit 100 $.

Pour illustrer l’aide qu’apporte Aj Quen à ses membres, voici quelques témoignages recueillis lors de nos entrevues.

« Ma participation au groupement Amanecer m’a permis de sortir de chez moi et d’acquérir des connaissances sur de nouveaux sujets. Aj Quen nous a fourni des machines à coudre et nous forme régulièrement sur les nouveaux produits que les clients internationaux commandent. Je suis moi-même devenue formatrice pour les associées de mon groupement afin de leur enseigner les techniques de couture, ainsi que le contrôle de qualité sur les articles que nous confectionnons. Nous sommes maintenant plus organisées en tant que groupement et nous pouvons vendre par nous même nos produits dans les marchés locaux. »

Petrona – Membre du groupement Amanecer.

Guatemala_2012_Michel Huneault_UNITERRA_Los_encuentros__L1027362_BRPetrona. Photo : Michel Huneault

« Sortir de ma maison a été toute une aventure au début. Mon mari ne voyait pas d’un très bon œil que je parte en ‘camionetta’ pour assister à une formation. Beaucoup d’entre nous n’étaient jamais sorties de chez elle avant d’être membre de Aj Quen. Les formations que nous recevons nous permettent de donner notre opinion sur de nouveaux sujets et de connaître nos droits en tant que femmes et citoyennes. Nous sommes d’avantage considérées dans nos communautés et plus écoutées. »

Isabela – Membre du groupement Tzaput

« Aj Quen me permet d’obtenir des revenus que j’utilise pour payer les études de mes enfants et leurs soins médicaux. Je peux leur donner une chance de continuer l’école, moi qui n’ai pas eu la chance d’y aller. Je peux également acheter les vêtements dont mes enfants ont besoin et essayer de varier la nourriture que nous mangeons. Une fois par semaine nous mangeons de la viande ou du poisson, ce qui complémente nos repas élaborés principalement de ‘frijoles’ (haricots rouges) et de tortillas de maïs. »

Antonia – Membre du groupement Chaqirya

Comme en témoignent ces propos, l’appartenance à l’association a permis à ces femmes d’améliorer leurs conditions de vie et de participer activement au développement de leur communauté.

Guatemala_2012_Michel Huneault_UNITERRA_Los_encuentros__L1027145_BRMembres du groupement Amanecer. Photo : Michel Huneault